Ces « gens-là » et autres pensées écologiques sans filtre

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Journal de bord d’une apicultrice : mercredi 24 juin 2026

Ces « gens-là » et autres pensées écologiques sans filtre

Et pendant ce temps, l’agriculture industrielle céréalière (et consorts) arrose h24 des milliers d’hectares de champs (et la route, parce qu’après tout, chacun fait bien ce qu’il veut dans ce pays, on est libres de vivre comme des gros égoïstes). Mais eux, ils ont tous les droits, ils nourrissent la planète (oui, oui, c’est leur seul argument, leur bouclier imparable, et ils l’ont appris par coeur). Tout ça pour des légumes à l’intérêt plus que douteux pour la santé, et majoritairement destinés, par-dessus le marché, à l’exportation. L’hiver, ces mêmes agriculteurs creusent des barrades gigantesques (s’agirait pas que l’eau pénètre trop dans le sol, ça serait bien embêtant. Non, faut assainir…). À côté de ça, les zones humides sont devenues quasi inexistantes aujourd’hui dans mon coin des Landes. Mais c’est pas grave, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Quand même, certains tentent de se racheter une conscience en plantant des haies autour de leurs champs (à moins que ça ne soit l’attrait des subventions). D’ailleurs, vous saviez que « tous les agriculteurs », c’est-à-dire bio, conventionnel, en transition, peuvent bénéficier de ce « financement de projets d’implantation de haies et d’arbres intraparcellaires » ? Bio, pas bio, c’est du pareil au même ?! On s’en balec ! Pis, comme ça, au passage, quand ceux-là pulvériseront leurs merveilleux produits chimiques, ils tueront les insectes venus s’empoisonner malgré eux dans leurs jolies haies (parce que le vent, aux dernières nouvelles, on peut pas encore le contrôler). Elle est pas belle la vie !

Alors soyons fous, continuons sur cette voie. C’est pas comme si on n’était pas déjà face au mur. C’est pas comme si le climat était perturbé. À ce propos, y’en a qui sont bien ravis, parce que c’est leur village qui a battu les records de chaleur en 2026. Y’a de quoi être fiers, hein ! Hourra, on est les premiers de la classe ! Ben oui, on en est là. On s’réjouit comme on peut, hein les copains. De ça et de l’éternel débat entre chocolatine et pain au chocolat. Bref, on s’raccroche à ce qui a du sens, quoi ! De toute façon, dans deux mois, on aura toustes une version différente de cette canicule.

– Une canicule ? Quelle canicule ? Il a fait chaud, sans plus. Avec la clim, ça passe comme une lettre à la poste.

– Ça va, quand j’étais gosse, en l’an 1957, un jour il a fait 40°C, parfaitement m’sieurs, dames. Alors, faut arrêter avec le réchauffement climatique.

– Le vivant ? Oh, ça va s’adapter le vivant, faut pas s’en faire.

– Comment ça tout est en train de crever ? Tout de suite les grands mots.

– Ils nous font chier tous ces écolos et ces complotistes. Ils nous empêchent de vivre, de dépenser notre fric, de prendre l’avion, de rouler en SUV, de partir en vacances avec nos gros camping-cars, et même de générer de magnifiques visuels avec l’IA, parce qu’il paraît que ça aussi ça pollue. On peut plus rien faire, y’en a marre.

– Les écolos, on a qu’à tous les crever. Et les climatologues avec, tiens, parce qu’ils nous sapent le moral avec leurs cartes en rouge et blanc. Ils vont nous inventer quoi comme couleurs ceux-là encore ?! Z’ont rien d’autre à faire que de colorier des cartes ?

👆Ces discours-là, je les ai entendus ou lus, et pas qu’une fois ! Et chaque fois, je ferme ma gueule, mais là, moi aussi j’en ai marre et j’ai envie de m’exprimer !

Si le vivant vous en avez rien à foutre, que vous n’avez toujours pas compris qu’une tomate sur un étalage ou que la viande que vous achetez c’est du vivant et pas des objets, que vous ne voyez pas où est le mal dans notre mode de vie actuel et dans la façon immonde dont on traite la nature, si vous faites partie de ces « gens-là », n’achetez pas notre miel.

Oui, je suis en colère et on devrait TOUSTES l’être. On devrait toustes chialer en observant la mort à petit feu de la terre qui nous fait vivre. On devrait toustes dire stop et se remettre en question.

De notre côté, on envisage d’arrêter l’apiculture (et sûrement le potager, par la force des choses), parce que voir souffrir les abeilles, c’est trop difficile. Devoir leur mettre des couvertures de survie et des isolants pour que la cire ne fonde pas et ne fasse pas de la bouillie d’abeilles, les voir se faire déglinguer par les frelons toujours plus nombreux, vérifier que leurs points d’eau soient toujours pleins et les voir se noyer dans les piscines, tout ça, ça nous rend malades. Pas vous ? Ça ne vous rend pas malades de voir le vivant mourir pour qu’on puisse garder notre surconfort ? 

Je voudrais quand même rappeler à tous ces « gens-là », que le rapport Meadows date de 1972, hein. Peut-être que les climatosceptiques devraient juste le lire, pour info, il est toujours disponible. Allez, comme dirait Cartman, « Je vous emmerde, et je rentre à ma maison. »


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